Mercredi 26 mai 2010
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Un restaurant ? Notre histoire ? Les deux
?
Situé rive gauche, c'est le
plus ancien des cafés parisiens. Parmi les habitués, Voltaire, Diderot, Rousseau, quelques révolutionnaires et Benjamin
Franklin. Pour la première fois en France, on y dégusta des glaces.
Le Procope, maison fondée en 1686, ce n'est plus de la
brève, c'est de l'éternelle de comptoir! Souvenez-vous, c'était hier: Molière est mort il y a peu, Corneille aussi, Racine pas encore. Restent l'infâme Boileau, le merveilleux La Fontaine. C'est
le temps où Paris est encore Paris.
Et le café? On se force à boire cet infect breuvage parce
que le roi l'a trouvé à son goût. Mais on se pince le nez (il faut imaginer qu'en l'absence de dosettes, il devait être tantôt trop léger, tantôt excessivement noir). Et au Procope, justement, on
invente le percolateur. Oui, désormais, vous saurez que ce bon vieux perco c'est en 1686 qu'on le met à l'étude. C'est-à-dire qu'on colle de la poudre dans un filtre et qu'on y
verse de l'eau chaude dedans.
Procope? Le nom vient du repreneur, un Sicilien de Palerme,
Francesco Procopio Dei Coltelli (Procope Couteaux).
Le Procope, comme une sorte d'église : «Voltaire était
le dieu du café.» Voltaire, mais pas seulement : pas une intelligence qui ne s'y soit rodée. Ca ne s'appelle pas un café, ça s'appelle un quartier général. Ca s'appelle donc des batailles,
des complots, des idées en pagaille. N'est-ce pas ici, Diderot y concevant son «Encyclopédie», Voltaire y ayant son bureau, que naissent véritablement les Lumières? Le café a servi
d'interrupteur. Il échauffe, il fluidifie. Les idées marchent plus vite. On en commande un deuxième. Et voilà, c'est toute la philosophie occidentale qui s'en trouve
bouleversée.
Montesquieu, en 1721: «Si j'étais
souverain de ce pays, je fermerais les cafés car ceux qui fréquentent ces endroits s'y échauffent fâcheusement la cervelle.» La Révolution
s'invente au Procope, où Marat, Danton, Robespierre - la crème des excités - tiennent leur conseil de guerre. C'est un club, maintenant.
Hébert est là aussi. Mirabeau, dit-on, a sa table réservée. Et puis, il y a Benjamin Franklin. Il jette sur le papier (la nappe en papier?)
quelques idées pour la future Constitution américaine. Pour la française, c'est autre chose. Ca va bientôt barder. Et le feu, encore, prend au Procope. C'est là que le
bonnet phrygien devient l'emblème que l'on sait. Au Procope encore que, le 10 août 1792, on décide d'attaquer les Tuileries. Forcément, après tout ce rouge épais, produit des
vendanges parisiennes, que ces messieurs ont bu en quantité.
«La plus grande exaltation révolutionnaire règne au café Procope, où Diderot laissa la trace de son fougueux
génie.»
«Citoyen», «citoyenne», c'est ainsi qu'une plaque vous accueille aux toilettes: oui, tous égaux sous ce rapport. Quant à la
«Déclaration des droits de l'homme et du citoyen», elle est placardée.
Bonne visite et bon appétit. N'oubliez pas le son !